
«Grand-Papa! Raconte-nous comment c’était, avant!»
Le vieil homme leva les yeux vers les cinq gamins qu’il devait surveiller pendant que les autres adultes du groupe de nomades ratissaient le centre d’achat abandonné où il s’étaient arrêtés pour un temps. L’homme savait qu’il ne lui restait plus beaucoup de jours devant lui. Il devait passer à ces enfants ce qu’il savait.
Il leur fit signe de s’asseoir sur le capot d’une voiture rouillée, abandonnée-là des années auparavant.
«Avant que la fin ne commence, l’avenir inquiétait. Réchauffement climatique, famine, gouffre financier… On espérait que les choses changent, se règlent, mais personne n’était prêt à mettre les efforts. On continuait de consommer. Le gros Hummer, la Floride à chaque hiver, fuck le recyclage, fuck les pauvres, fuck mon voisin si ça implique que mon petit bonheur est en péril…»
«Une civilisation en décadence.»
«Le changement drastique n’est pas venu du peuple. Ni d’un simple événement meurtrier. C’était une belle chaudière pleine de crottes de différentes couleurs, formes, odeurs…»
«Le bal a commencé en 2009 avec la crise économique mondiale causée par des gros jambons américains qui avaient fraudé, conspiré et amassé des fortunes sur le dos des gens. Puis y’a eu l’Irak, l’Afganistan et plus tard l’Iran. La première bombe atomique a explosé en plein coeur de Téhéran, la deuxième au-dessus de Jerusalem. Si Jésus avait décidé de revenir, il serait probablement né avec un quatrième bras. La troisième guerre mondiale venait d’éclater, pis ça a pété fort en sacrament.»

«Pendant que les soldats des quatre coins du monde tentaient de survivre en zone irradiée tout en égorgeant l’ennemi, les catastrophes ont continué à l’échelle planétaire. L’ouragan Charlie est revenu à New-York finir ce que Sandy avait commencé, seulement cette fois, Charlie a promené avec lui des déchets radioactifs des explosions du moyen-orient. Avec un pays vide de soldats, les autorités avaient pas mal de misère à contenir le désastre. Puis après Charlie, y’a eu Damon, Ernie, Frances et un paquet d’autres. Sans compter les séismes. Les deux tsunamis simultanés sur la côte est et la côte ouest. Avec autant de villes autour du monde à terre et les problèmes d’hygiène que l’on imagine, le terrain était propice à la ‘’Final Plague’’ comme l’on appelée les américains. Au Canada, on a été plus conservateurs dans notre appellation: la grippe X3. La grippe était vraiment mauvaise cette année-là…»
«La maladie s’est répandue rapidement. Deux personnes sur trois en mourraient, sans appel. Les survivants auraient probablement préféré en crever. Pour chaque personne qui en sortait indemne, une autre était horriblement transformée, mutée. Je me souviens d’images-choc diffusées sur l’internet avant que tout ça ne s’écroule… Une bande de policiers de Montréal entrant en guerre contre un de ces mutants qui semblait avoir absorbé dans sa chair une centaine de personnes. Une grosse merde large comme un éléphant, chargeant vers les policiers qui lançaient grenades, balles, fumigènes… On a plus vraiment vu de policiers après ça. Le symbole du pouvoir d’une société était tombé et disparu. Comme cette société en question.»
«Quand la maladie s’est transmise aux animaux, même les plus optimistes comprirent que c’était la fin.»
«Personne ne sait vraiment d’où la maladie est sortie. J’ai vu sur l’internet que des scientifiques pensaient que la série de tremblements de terre avaient peut-être fait sortir une bactérie enfermée dans la croûte terrestre depuis des millénaires. Le même genre de virus qui aurait pu être à l’origine de la fin des dinosaures. C’est vrai qu’on est pas mal en voie d’extinction nous-mêmes…»
«Les gens ont survécut comme ils le pouvaient. Certains ont choisi de vivre en solitaire, descendant dans les villes pour aller chercher ce dont ils avaient besoin. D’autres vivant en groupe. Évidemment, certains ont décidé de voler aux autres ce qu’ils avaient amassé… Rien de très surprenant.»
«Dans les derniers moments de l’existence d’une forme de gouvernement central au sud, dans ce qui était les États-Unis, certains ont eut la brillante idée de lâcher une bombe sur la côte est pour tenter d’enrayer la progression de la maladie. Décision de con, parce que ça a complètement dévasté la côte et les villes. Puis, y’avait encore des survivants. La zone irradiée, ils n’ont eut d’autre choix que de partir. Certains sont montés vers le nord, jusqu’à nous, en Estrie surtout. Après toute la merde, on y ajoutait une couche avec une bande d’américains armés jusqu’aux dents qui débarquait pour nous voler notre stock… On leur a pas donné facile, croyez-moi…»
Un cri strident se fit entendre. Tous se réfugièrent derrière la voiture. Du haut des airs, un large aigle difforme commença à les encercler.
